"Moi, je veux tout, tout de suite, — et que ce soit entier — ou alors je refuse ! Je ne veux pas être modeste, moi, et me contenter d'un petit morceau si j'ai été bien sage. Je veux être sûre de tout aujourd'hui et que cela soit aussi beau que quand j'étais petite — ou mourir." (Antigone, Jean Anouilh)

05/11/2011

05/11/11 - 12:24

les vacances de kuzco

Je suis arrivé à Lanzarote par les airs contrairement à mes amis qui ont atteint cette île par les eaux. Dans l’avion, j’entraperçois le bleu de la mer et celui du ciel qui se croisent. Ma voisine somnole, elle semble impassible à tous ces bleus.
A l’aéroport je retrouve mon ami Marc au teint hâlé très souriant et mon filleul Aurélien aux cheveux longs et châtains. Un an d’aventure sur un bateau c’est peut-être cela, donc, au premier regard : du soleil qui fait briller la peau, les cheveux et les regards.
Sur la route vers la Marina, je découvre Lanzarote et ses paysages arides, noircis par le temps et la lave. Ici, tout est volcan, tout est poussière. Cà et là sont posés comme maladroitement des villages blancs et des palmiers errants. Ce n’est que quelques jours plus tard que je découvrirai d’autres couleurs, d’autres ambiances, plus rouges. Sûrement qu’une parenthèse d’un an dans une vie, cela permet aussi d’atteindre des lieux impossibles.
Mes premiers pas sur leur bateau sont ceux d’un père-Noël qui ramène du vin et du camembert, un cadeau de la marraine, des livres, de l’encre et …des cartes de Pokémon pour mon filleul (je ne suis pas très fier…). Le soir, nous dînons sur le pont avec Vaki, jeune marin au rire-carillon et aux tatouages polynésiens, qui raconte son tour du monde au service d’un Monsieur-qui-a-beaucoup-d’argent. Vaki a 27 ans, Vaki a la vie devant lui, Vaki s’ennuie depuis plusieurs mois sur un bateau qui attend son amiral. Et j’envie sa jeunesse folle, son torse de surfeur et son goût impétueux de l’aventure.
A Lanzarote, je m’initie au surf dans les vagues de Famara, je chute et bois du sel. Echec et nouvelles tentatives encouragées par Marc. Voyager, c’est un peu apprivoiser ses peurs, non ? Un peu plus loin, je m’émeus des volcans que l’on contourne dans un car touristique en écoutant le requiem de Mozart grésillant, de la maison de l’artiste César Manrique qui m’évoque à la fois les peintures bleues et blanches de Picasso et de Miro et les vers de Garcia Lorca. J’aime décidément cette Espagne multicolore et chaleureuse. Et la mer, parfois grise, parfois bleu-océan, calme comme une brise ou fracassante Charybde sur les rochers noirs.
Au quotidien, Nanou écoute Harry Potter sur son lecteur MP3, Aurélien joue à l’équilibriste dans le carré du voilier, Marc coud, répare et Carol éclate de rire aux blagues de son homme. Je me dis que le cadre a changé mais que l’ambiance familiale que j’aime est toujours la même.
Au détour d’une lune douce ou d’un calme crépuscule, Marc et Carol invitent et se font inviter. Il y a Mathieu, prof de yoga et sa femme Désirée, chanteuse de jazz dilettante. Il y a Olivier, Delphine et leurs 4 enfants dont la plus jeune a deux mois qui partent pour un tour du monde de 4 ans mais qui ne s’inquiètent apparemment de rien. Il y a deux djeuns rastas, bavards et un peu déchirés, il y a Marie et son mari et… d’autres. ça apérote sévère, ça échange, ça rit, ça se rassure aussi un peu en partageant les mésaventures des uns et des autres. Marc et Carol parlent des bateaux amis avec des yeux qui brillent ; Nanou et Aurélien espèrent retrouver leurs copains très vite à Dakar ou au Cap vert. Et je comprends que cette odyssée est surtout remplie de rencontres qu’on ne ferait jamais ailleurs.
Voilà j’ai traversé les eaux pour les retrouver et comprendre que ce « partir à l’aventure » est une parenthèse belle et forte, une occasion de se retrouver.
Et moi, je repars avec l’envie de bousculer un peu mon quotidien pour traverser de nouvelles rivières, parcourir de nouveaux horizons, m’envoler ou plonger dans d’autres inconnus.

23/09/2011

23/09/11 - 23:42

Certains cantiques me transportent. Car derrière ces paroles qui oxygènent assez peu ma foi vacillante, je retrouve des souvenirs. La polyphonie haendelienne (dit-on cela ?) me ramène dans cet immense temple du centre-ville, froid et majestueux, aux bancs de bois poussiéreux. Je prends timidement l’escalier du fond qui m’emmène près de l’immense orgue. J’installe mon pupitre, ouvre la boîte de ma flûte traversière. Les paroissiens ne me regardent pas puisque leur regard est rivé sur le pasteur. L’organiste, lui non plus ne me regarde pas puisqu’il est assis, dos à l’assemblée - un rétroviseur mal installé lui permet de distinguer les signes du pasteur.
J’attends le premier accord plaqué et je joue. Mes notes volent et tournent. Cadence plagale. Il y a toujours un ou deux fidèles qui se retournent subrepticement, étonnés d’entendre le son de la flûte. Puis se retournent. Mon souffle est fier. Et la foule reprend le refrain. Mon souffle guide et accompagne. Tierce picarde.

26/08/2011

26/08/11 - 23:26

Faire des efforts pour…

Redécouvrir la saveur des baisers.
Se laisser surprendre.
Caresser à l’envi les nuques hâlées.
Oser offrir le profond et le superficiel.
Prendre le risque d’être heureux avec l’autre.
Avoir du temps.
Etre libre.

27/05/2011

27/05/11 - 23:04

Texte passé et inachevé que je n 'ai pas pu retoucher

J’ai ce désir d’écrire. Zarinah aura aussi réussi cela. A me faire réécrire. J’ai le désir d’inscrire sur le papier toutes ces émotions, souvent nouvelles ou que je crois nouvelles, toutes ces émotions qui me submergent depuis le début de la semaine. Je souhaite partager tous ces moments de grande intimité. J’ai l’impression de découvrir un autre métier, une autre façon de travailler avec les élèves. Ce mot « avec » n’a jamais été aussi vrai. L’impression de partager une aventure avec mes élèves, une aventure unique où chacun donne un peu de soi afin que chaque petit bout de soi se transforme en une œuvre collective et vivante. Je vis enfin avec mes élèves, je les découvre, leur visage ne m’est plus inconnu. Il n’y a plus ce mur entre eux et moi, le mur qui me protège de mes propres sentiments.
Et ces sentiments qui me submergent m’angoissent. J’ai peur que le voile se soulève, que mon intime ne m’appartienne plus. J’ai peur de moi. Je suis tenté de laisser mes doutes gagner le combat, de ne plus m’écouter. Comme s’il était si difficile de me montrer un peu plus vrai, un peu moins prof et un peu plus homme.

Lundi matin

Il est 8 heures. Les élèves de la 3ème C sont sous le préau et attendent. Voilà plus d’un mois que je leur ai parlé de ce projet ambitieux. Nous allons passer une semaine à réaliser un film.
« On passera à la télé ? m’ont-ils demandé. On va devenir des stars ? »
J’ai essayé d’expliquer le projet mais moi-même je comprenais si peu ce qui allait se passer que j’ai eu du mal à trouver les mots. Je sais qu’une réalisatrice va venir travailler une semaine avec eux pour mettre leur adolescence en images. Je sais aussi que le projet a demandé beaucoup d’énergie pour le monter, demander des subventions et que rien n’est gagné.
Ce matin, nous allons au cinéma pour assister à la projection d’Ados Amor de Zarina Kahn, prologue de la semaine d’écriture et de tournage. Je demande aux élèves leur autorisation de sortie qu’ils devaient ramener depuis plus d’une semaine. Six élèves ne l’ont toujours pas. Trois ne sont pas là. Je téléphone aux parents. Il ne faut pas rater le bus. Où sont les numéros de téléphone ? Je me mets en colère contre moi-même et donc contre les élèves. On ne peut pas leur faire confiance, tout cela commence mal. Et le bus qu’il ne faut pas rater.

Au cinéma, nous attendons le début du film : finalement nous sommes en avance. Dans le hall, les élèves s’impatientent. A chaque fois qu’ils aperçoivent une femme, c’est la même question : « c’est elle Zarina Kahn ? ». Moi aussi, je m’impatiente et j’ai un peu peur . Femme inconnue, projet inconnu. Je n’aime pas ce que je ne maîtrise pas.
Elle arrive enfin, tout en noir et tout en beauté. Ses yeux. Je vais la saluer poliment. Nora m’interpelle : « C’ est elle ? Ah mais vous rougissez monsieur ! » La salle est trop obscure pour que quiconque se soit aperçu de mes rougeurs et portent c’est sûrement vrai. J’ai rougi.

Devant les élèves, Zarina se présente. Elle parle du film, de ses émotions, de cette rencontre folle avec des élèves d’un lycée professionnel auxquels plus personne ne croyait. Noir. Le film commence.
« Saïd, enlève ta casquette ! Saïd tiens-toi bien ! Karim, change de place ! Si ! Tu changes de place parce que je l’ai décidé ! Arrêtez vos commentaires !
- Mais monsieur, vous m’en voulez ce matin ! »
Non je n’en veux à personne, je veux voir le film et je veux du calme. Et le calme apparaît petit à petit, insidieusement. Devant moi la brochette de filles ne dit mot. L’image les absorbe. Dans ce film, pas de taxi à cent à l’heure, pas de combats singuliers ou pluriels, pas de couteaux , pas de robots vengeurs. Des ados qui parlent, des silences, un conteur africain, un…

24/05/2011

24/05/11 - 22:52

La phrase de ma vie

« C’est dans la tête que ça bloque ! »

Quand je suis entré dans le studio de danse, je l’ai d’abord trouvé trop grand, trop sombre, trop froid. Et moi frêle comme un enfant qu’on pousse dans le dos pour s’approcher un peu plus. Toutes se sont levées, délicates et le regard encore ensommeillé par un dimanche matin ensoleillé. J’ai compris en observant leur déplacement vers le fond de la salle qu’elles étaient presque toutes des habituées. Ma nuque s’est légèrement durcie. Et puis le cours a commencé. La prof a montré l’enchaînement une fois, deux fois peut-être trois. Les filles enchaînaient, ouvrières dociles dans ce ballet de labeur. J’ai fait un premier passage, sans rien comprendre, avec un corps qui faisait la grimace : j’ai souri. Fait un second passage les yeux braqués sur les omoplates de la douce et souriante Nina, en vain. Troisième passage en me concentrant sur les appuis et lorsque je suis arrivé au centre de la salle, j’étais déjà perdu. Quatrième, cinquième et la mâchoire qui se renfrogne, les mains qui passent sur le crâne comme pour chercher la solution. Je me suis accroupi, esseulé et en sueur, espérant ainsi mémoriser plus facilement les jambes si adroites des autres. Je me suis assis, pesant de tout ma détresse de petit garçon, qui jadis, confronté à un contrôle infaisable, envisageait de partir en courant, en claquant la porte de la salle de classe et échapper ainsi à mon propre regard.
Je me suis mis du côté des spectateurs.
A la fin du cours, j’ai dit à la prof que je ne reviendrais pas le lendemain.
« C’est dans la tête que ça bloque ! a-t-elle crié. Ah toi, faut faire tout de suite bien, hein?»
J’ai eu envie de lui hurler mon dégoût de moi-même et de la remercier pour cette vérité si profonde.
Tâtonner, essayer, chuter et se relever, avec le sourire je ne sais pas faire. C’est la tête qui reprend le dessus, qui décide et elle veut que le regard de l’autre soit tout de suite félicitant. J’aimerais tellement vivre les efforts avec fierté et humilité pour offrir, enfin, du repos à ma tête, qui tourne, qui tourne, qui …

11/05/2011

11/05/11 - 22:56

J’avais envoyé à mes parents un témoignage professionnel, rencontre surréaliste avec mes chefs d’établissement.
Voici quelle fut leur réponse :
« merci pour ce mail savoureux autant que navrant
l'éducation nationale ne te mérite pas !!
j'espère que ton WE à Arcachon a bien fini tes vacances
très grosses bises
maman et papa »

Je crois bien qu’il s’agit de ma première preuve d’amour parental. « L’éducation nationale ne te mérite pas !! » Il aura fallu attendre 37 ans et deux points d’exclamation pour que j’ai la certitude que mes parents m’admirent / me reconnaissent / m’aiment. Je ne sais quel verbe choisir car j’ignore précisément quel sentiment se cache derrière cette phrase…
J’entends simplement dans cette phrase que je suis quelqu’un de bien.

26/04/2011

26/04/11 - 23:31

Parce qu'il vaut mieux en rire

Vendredi matin, je pénètre dans le bureau de mon Directeur adjoint pour lui déposer en vitesse une autorisation de sortie pédagogique, il ferme la porte, me demande de m'asseoir et me susurre, le regard vif :
- Toi qui es formateur à l'IUFM...
Je lui fais remarquer que son début de phrase n'est pas très bon signe (oui je sais, je suis familier avec mon adjoint) mais lui, continue : "et que vraiment, c'est plus possible tous ces profs qui se plaignent de ces élèves qui ne travaillent pas, je parle pas pour toi bien sûr, que de toutes façons ces élèves on les a, et que, tu comprends, les conseils de discipline, c'est pas une solution, et ma bonne dame et tout ça... et Francis sers moi un pastis !"
Moi je tente l'impassibilité, mauvaise pioche, il repart : et quand même qu'il est le responsable pédagogique de l'établissement et qu'il part dans deux ans à la retraite et qu'il est temps de faire quelque chose. Et tout et tout, et qu'est-ce qu'on peut faire pour ces élèves qui décrochent ?
J'ai bien envie de lui rappeler qu'il est là depuis 8 ans et qu'on a eu peu écho jusqu'ici de ses compétences es élèves en difficultés, bref, je suis sauvé au bout de 30 minutes par une collègue qui déboule et hop, je m'échappe...
Pour me retrouver dans le bureau de ma Directrice à qui j'annonce que l’année prochaine j’aurai à nouveau une décharge horaire d’un tiers temps pour l’IUFM. Elle ferme la porte (et merde...).
- Vous devez être fière, me susurre-t-elle, la tête inclinée et le sourire vide.
Euh fier? ben non, je crois pas... je suis fier de plein de choses dans ma vie d'avoir fait 10 ans de Conservatoire et d'avoir triplé mon année de fin d'études de solfège pour obtenir un diplôme dont finalement je ne me servirai jamais, de m'être mis à la danse à 35 ans, d'avoir eu 18 en maths au bac, d'avoir tenu la barre d'un voilier 6 heures de suite en pleine tempête océane..., mais la décharge IUFM...
"Parlez-moi un peu de la formation des enseignants !"
Qu'est-ce que j'ai fait dans une vie antérieure pour mériter ça...
Alors je lui dis la souffrance des stagiaires, le manque de temps et de recul, le désarroi des formateurs.
- Et l'année prochaine, comment ça va fonctionner ? me demande-t-elle.
J'ai envie de lui répondre qu'elle pourrait aussi prendre son téléphone et appeler le Recteur de l’académie qui, j'imagine, aura des nouvelles plus fraîches.
Je lui réponds que j'ai peur que rien ne change vraiment, que la solution serait que les stagiaires ne soient pas nommés sur des postes à plein temps mais que c'est pas demain la veille parce que c'est un problème de gros sous, bref que je ne suis pas très optimiste...
- Oui, de toutes façons vous êtes en général défaitiste ! m'interrompt-elle.
Paf dans la tronche, c'est cadeau pour me souhaiter un bon week-end.
J'ai cru que notre délicieux entretien se terminerait sur ces paroles doucereuses mais non !
- Mais quand même entre nous, ces problèmes de financement, je vous comprends mais quelle est la solution ? Entre nous, ça suffit que les classes moyennes comme vous et moi paient pour les autres, j'imagine que comme moi vous ne voulez pas payer plus d'impôts !
Alors là celle-là on me l'avait jamais faite, ma boss qui m'explique qu'elle paie trop d'impôt en plein entretien professionnel !
J'ai hésité entre éclater de rire et demander un pastis !
En fait, je me suis levé et pour la route, alors que je passais le pas de la porte : "Va falloir que chacun retrouve sa place dans cet établissement, Monsieur, parce que vous comprenez que moi je ne peux plus faire mon métier de chef d'établissement, alors les enseignants, va falloir qu'ils assument un peu, mais je ne parle pas pour vous..."

22/04/2011

22/04/11 - 00:07

Soirées

Je suis celui à qui on parle.
Je ne suis pas celui qu'on aime.
Je suis celui à qui on murmure le doux indicible.
Je ne suis pas celui qu’on aime.
Je suis celui qui écoute les sourires et les mèches devant les yeux.
Je ne suis pas celui qu’on aime.
Je suis celui qui se tait.
Je ne suis pas celui qu’on aime.
Je suis celui qui relance et reformule pour que la parole, fil tendu, ne se dérobe pas.
Je ne celui pas celui qu’on aime.
Je suis celui qui referme la porte derrière moi, sans faire de bruit avec la poignée qui grince, emportant avec moi les maux emballés et mon cœur épuisé.

02/08/2010

02/08/10 - 01:31

Il y a quelques jours, retrouvailles avec Armelle, toujours belle et rayonnante 15 ans après. Elle m’invite chez elle, j’y découvre son fils, son homme. Chacun dit ce qu’il est, ce qu’il est devenu, ses périodes lourdes et pierreuses, ses envies et ses faims. Au milieu de l’après-midi, nous nous retrouvons assis sur un banc au milieu de son jardin, comme un couple d’amoureux ou de vieux ou les deux. Nos regards se frôlent comme nos pensées. Après le dîner, alors que je m’apprête à partir, elle va chercher quelques photos. Bond en arrière. Les visages me sont d’abord pour la plupart étrangers. Elle, récite les prénoms et les noms comme si elle avait croisé tous ces personnages la veille. Et puis tout doucement, comme si mon corps me le permettait, je retrouve la vue. Tout est encore très vague mais je vois apparaître des identités, des scènes, des sensations. Les années collège et lycée et tout de suite mon ventre se noue : je me sens évalué, observé, jugé. J’aurais envie de tous les revoir pour qu’ils me parlent de moi. En savoir toujours plus pour mieux se connaître maintenant.
A l’étage, chez mes parents, il pleut, légère nostalgie.
On choisit ses souvenirs, on les hiérarchise, on les trie, on les transforme, on les reconstruit.
Moi, chaque album photo, chaque verre levé, chaque courriel inattendu les fait rejaillir et je me laisse envahir sans trop savoir quoi en faire.

01/06/2010

01/06/10 - 14:50

J’attends devant le bureau de ma directrice depuis quelques minutes. A quelques mètres, des élèves entrent et sortent de la salle de permanence. Ils s’invectivent et s’insultent. L’un hurle. Deux se courent après. J’attends, la tête rentrée et fatiguée.
J’entre. « Ca ne va pas » lui dis-je.
Les larmes montent et déferlent. Elle s’approche, pose ses mains sur mes épaules.
« Faut pas pleurer », me dit-elle.
Si justement, il faut pleurer. Il faut sortir cette humeur noire et mes ambitions déçues. Il faut hurler la lassitude.
« C’est trop difficile, ces cris dans les couloirs, c’est trop dur… Je n’y arrive plus….Ca me demande trop d’énergie. Je sais que face à leurs provocations, je dois rester droit comme un mur mais là je n’y arrive plus, j’ai besoin de respect.»
D’écoute et de reconnaissance aussi sûrement.
« La réponse est pédagogique ». Décidément, elle ne dit pas les bons mots. Quels sont-ils d’ailleurs, ces mots qui pourraient me réconforter ?

19/05/2010

19/05/10 - 23:21

Ce qui cogne

Je marche calmement vers l’entrée du collège. Je dois être en 6ème peut-être en 5ème. Bertrand et Romain me dépassent et imitent un phoque. Je n’ai pas compris tout de suite. Ou peut-être était-ce tellement violent que cela m’a d’abord amusé. Circonspect, j’ai continué à avancer et eux ont souri d’un sourire qui mord et humilie, d’un sourire qui hurle. Je ne me souviens de rien d’autre que ces quelques secondes d’une rencontre qui a marqué ma vie.
Un peu plus tard ou plus tôt, il s’agit de quelques jours ou de quelques mois. J’ai été invité à la boum de…je ne sais plus qui. Une fille c’est sûr, parce qu’à l’époque je n’étais entouré que de filles (là plus tard il faudra ouvrir un tiroir) mais laquelle ? Il y a de l’orangina et des doigts qui se frôlent, France Gall, du pop corn, Wham et mon cul assis sur une chaise et mon regard qui croise celui de Bertrand. Je le vois agiter ses mains et utiliser le langage dit du parachutiste pour lancer un message à Romain. Il a le même sourire-crocodile. Je tourne la tête parce que ça ne m’intéresse pas, que je ne veux pas faire partie de leur monde. Ma tête se tourne subrepticement et j’observe en cachette ce pantomime. Je déchiffre les lettres une à une. Découvrir leur secret m’excite.
Main droite perpendiculaire à main gauche T
L’index posé sur le pouce A
La main droite en demi-cercle qui vient se poser sur main gauche droite et verticale P
Croisement de doigt tout simple E
Et encore un T
Et encore un T
Et un croisement.
Bertrand me regarde et sourit.
J’écris, les yeux humides, 20 ans après. Je crois aujourd’hui que ces insultes m’ont construit : je me suis vu dans un miroir qui s’est cassé au moment même où ces mots et ces gestes sont nés.



09/05/2010

09/05/10 - 11:37

Vivant avec Vivaldi.

Je suis sur cette route une fois de plus. Route arpentée depuis plusieurs mois, plusieurs années ? Parfois en analyse, le temps s’arrête. J’avance donc une nouvelle fois vers les sommets neigeux, vers le ciel plus illuminé, vers des paysages de verdure et de calme.
Je monte ces escaliers lugubres et obscur et je me rends compte pour la première fois que plus je monte et plus la lumière envahit la cage. Monter vers la lumière et monter vers Lui ! Je souris en sonnant à la porte, qui s’ouvre. Cette routine est rassurante. Entrée, bonjour, poignée de mains, regards maladroits et je m’allonge sur ce divan / lit / matelas.
« Ca y est, je crois que je suis prêt à arrêter. »
Voilà c’est dit, j’attends fiévreusement sa réaction, qui ne vient pas, je raconte un rêve avec ma mère dans lequel je crache des éclats de verre, il commente un peu, moi je ne l’écoute plus, je frissonne. Mais il est sourd ou quoi ? C’est pas ce que j’avais prévu…
Long silence. Je gigote.
“Pardon, mais j’ai besoin que vous disiez que vous avez entendu mon désir d’arrêter ma thérapie, de prendre le large »
Je l’entends sourire : « Bien sûr, oulala, mais bien sûr, pardon (je me demande en écrivant si ce n’est pas moi qui ai inventé ces excuses !) »
A l’instant, mon corps se libère.
Je lui dis cette volonté d’ouvrir d’autres portes, cette sensation d’être vivant. Je lui dis mon envie de lui offrir quelque chose : « je vais me remettre à écrire et je reviendrai dans quelques mois avec ces pages à offrir ». J’ai besoin de lui montrer ma reconnaissance et j’ai besoin aussi de clôture symbolique.
Dans ma voiture je remets Vivaldi.

03/01/2010

03/01/10 - 20:12

Erection nostalgique

L’errance sur internet offre parfois des surprises belles, belles, belles… Alors que les vidéos se suivaient cet après-midi sans lien et sans passion, je tombe sur un clip de Jason Donovan, Too many broken hearts. Je revois ce jean bleu et ce tee-shirt blanc, cette chemise en jean ample. Je revois cette blondeur juvénile, ces dents blanches et ce sourire à tomber de la chaise avec sa guitare !
C’est Ken de Barbie, c’est Anthony de Candy, c’est Alcor et c’est Willy !
J’ai 15 ou 16 ans, affalé sur mon lit, et je regarde Jason au dessus de moi ; je crois qu’il fut mon premier objet de désir…

06/12/2009

06/12/09 - 23:29

Au fait

Tiens, aujourd’hui c’est ma fête !
Dans l’enfance, mes parents ne l’évoquaient souvent qu’à demi-mot, racines protestantes obligent. Depuis, ce sont les autres qui, tous les 6 décembre, me rappellent à mon prénom.
- Bonne fête !
- Ben ouais, merci.
Je m’interroge sur le sens de cette exhortation / bénédiction.
« Aujourd’hui ça va être ta fête ! » Pas sûr alors d’en avoir très envie.
J’aime les mots quand leur épaisseur dit tout et son contraire.

27/08/2009

27/08/09 - 23:12

Florence Foresti, c'est moi

« Avec les hommes, c’est pas la folie, c’est pas la réussite, mais bon, je sais pourquoi, j’ai vite compris, je suis pas faite pour la vie à deux. Voilà. Et je crois qu’en fait il y a deux catégories de femmes dans la vie : d’un côté les femmes faites pour la vie à deux et de l’autre les femmes douées pour autre chose. Voilà, le scrabble, le tennis, ce que vous voulez. Et moi je suis de ce côté parce que je suis assez bonne en… orthographe et je pense que c’est pour ça du coup… On peut pas tout avoir… »
La première fois que j’ai vu ce début de sketch j’ai éclaté de rire jusqu’à en pleurer. Avec le temps, les larmes sont plus amères car je commence à croire à cette thèse, à croire que les fées de Cendrillon, de Candy et de Virginie ont raté mon berceau, que j’ai pas le gène qui correspond, celui qui permet de dire je t’aime de brûler d’amour de se sentir désiré. Dans mes pires cauchemars, je pense à une malédiction qu’on m’aurait infligée et j’en cherche la cause caché sous mes draps. Finalement, qu’est-ce qui fait plus peur que le loup ?
- L’amour ou l’absence d’amour ?

04/06/2009

04/06/09 - 00:04

Ce soir je suis allé au cinéma et, dans cette immense salle, j'étais seul, complètement seul. Même le dire reste enivrant !

02/06/2009

02/06/09 - 23:31

REZO

J’ai jeté le téléphone. Je ne veux plus de ces mots mille fois écoutés, mille fois dits. Ces annonces en boucle, ces bips sonores, ces « vous avez un nouveau message ». Il s’agit de lassitude probablement. J’ai du mal à définir l’émotion qui s’y trame. Je n’ai pas l’impression d’une rupture suite à une décision unilatérale et inéluctable. Je pense que c’est comme la décision d’un condamné en bas de la potence : j’imagine qu’alors l’angoisse a disparu, qu’elle a bien eu le temps de tout dévorer de l’intérieur. Une résignation qui ne dit pas son nom. Une façon de dire qu’on n’a pas réussi, que l’amour est définitivement pour les autres, que « non vraiment on a tout essayé docteur ! », que le sexe à présent est sans saveur et sans sel. J’ai jeté le téléphone et j’ai fermé la porte. Sans à-coup, sans combiné raccroché, sans violence.

18/05/2009

18/05/09 - 22:58

Fuck you

Ai vu le gayclip des internautes de lutte contre l'homophobie...

Et...

Et l'envie de sourire, la banane au coeur
Et la reconnaissance de leur courage, putain de courage qui me manque
Et l'envie de les embrasser goulûment, tous et toutes comme des mercis humides et sucrés
Et l'envie de me balancer aux rythmes sensuels et sexuels de ces répétitifs "Fuck you"
"Fuck you" encore, oui encore "very very"
Et l'envie de retrouver mes 20ans, le regard jeune, l'audace généreuse et le doigt tendu
Et l'envie de rêver d'un monde où enfin cela sera possible
Very very much.

26/04/2009

26/04/09 - 22:53

Je l'ai bien mérité

Dans ma voiture, je prends maladroitement le cd dans sa boîte. F. m’a dit hier que vraiment il valait le coup. Je l’ai acheté en même temps qu’un coffret de Barbara. J’augmente un peu le volume. Clarika. "Bien mérité". Un mouvement circulaire de guitare bientôt accompagné de quelques percussions. Une nouvelle guitare plus lancinante. Une rengaine qui tourne. Les mots jaillissent et se cognent au pare-brise. Le piano est enfantin, les mots aussi. Sous ma chemise, j’ai le cœur qui va exploser, j’ai les yeux mouillés, les yeux-torrent, une autre guitare plus agressive, un quelque chose au centre de l’abdomen grandit, cherche à sortir. Comme un coup de poignard. Changement de tonalité qui fait chavirer l’âme. Boum. J’arrête la voiture. C’est quand la dernière fois que j'ai pas ressenti ça ?

17/04/2009

17/04/09 - 23:23

Retour-aller

Je ne sais vraiment ce qui me ramène inexorablement, inlassablement vers ce blog. Rarement, régulièrement, je reviens, quelques mots au coin des doigts et du cœur. Des scènes jaillissent : scènes de travail ou d’amitié, scènes d’enfance, scènes de douleur, de bleus à l’âme…
Je me demande ce que je vais dire, ce que je vais leur dire, ce que je vais vous dire. Je me rappelle alors que, parfois, on me lit. Je feins l’oubli mais il n’en est rien. Mes écrits ne seraient pas les mêmes si je parlais à mon oreiller. J’aime cet anonymat intact et froid, qui ouvre des libertés intenses, qui permet à mes ailes d’écrivain de prendre de l’ampleur et de me sentir porté, sans savoir les directions à prendre. Ce sont toujours des retrouvailles avec moi-même.